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Ce « pluralisme » qui vient de loin : Colombani, administrateur de « débats »

par Henri Maler,

Le Monde est « un journal d’opinions au pluriel » , aime à affirmer Jean-Marie Colombani. C’est ce pluriel très singulier que le directeur du quotidien du soir arbitre lors de l’émission « La rumeur du monde », sur France Culture le 28 juin 2003. Près de deux ans avant le référendum sur le Traité constitutionnel européen, le « débat » prend forme et le travail d’influence se prépare.

Un débat pluraliste...

Avant de nous expliquer qu’il « ne peut pas y avoir de construction européenne sans l’Angleterre », le directeur du Monde nous a présenté ses invités « Jean-Louis Bourlanges plutôt à droite et Olivier Duhamel plutôt à gauche. » L’autre participant à ce débat est l’habituel Jean-Claude Casanova, éditorialiste associé au Monde, ancien membre du cabinet de Raymond Barre, et directeur de la revue Commentaire. Tous les quatre (Bourlanges, Duhamel, Colombani et Casanova) enseignent (ou ont enseigné) à Sciences Po.

Olivier Duhamel, membre de la Convention, veut dès le départ « marquer le travail fait par la Convention. » Jean-Louis Bourlanges indique que, en dépit des imperfections du projet, naturellement il voterait la ratification des travaux de la Commission (« Ce texte est sans doute meilleur qu’on ne pouvait le craindre « ). Duhamel, Colombani, Casanova voteront pour eux aussi. Le débat est donc pluraliste. Pourtant, Jean-Claude Casanova intervient pour calmer les choses : « Je trouve que nos amis se passionnent trop »...


Olivier Duhamel et Jean-Louis Bourlanges s’inquiètent de la perspective d’un référendum. Ils cherchent alors les techniques permettant de « conjurer le risque » d’un vote négatif.

... Entre acteur « influents »

A la fin de l’émission, Olivier Duhamel implore ses amis de l’aider

- Duhamel : « Puisque Jean-Louis Bourlanges dit que ce texte est meilleur, puisqu’il dit qu’il y a risque, puisqu’il dit qu’il est positif en effet et que ça peut aider qu’il y ait le référendum simultané, je lui demande, lui qui est plus proche de Jacques Chirac que moi...
- Bourlanges : - Ca c’est pas sûr.
- Colombani (ou Casanova) : - Vous savez, les étiquettes, les étiquettes...
- Duhamel reprend : -... enfin lui qui a beaucoup d’amis qui font partie de la majorité actuelle [Bourlanges est parlementaire UDF], je lui demande d’utiliser ses plus grandes sympathies dans la proximité pour convaincre. Je lui demande avec sa voix qui est forte, de convaincre d’autres dirigeants européens dans d’autres pays européens. Je demande à Jean-Claude Casanova et à Jean-Marie Colombani qui sont des acteurs influents dans le commentaire, s’ils sont convaincus de cette idée de la porter. Et je demande aux citoyens européens actifs de le faire parce que non seulement ça donnera des chances que cette Constitution européenne voit le jour, mais ensuite ce sera un événement, un acte, un moment politique dont l’Europe a besoin.
- Colombani : - Absolument. Je crois qu’on sera là devant une vraie échéance historique et un vrai moment historique pour le destin de nos pays. Alors l’influence sur le commentaire, sur la revue Commentaires, c’est plutôt Jean-Claude Casanova...
- Casanova : - Commentaires sera pour, n’en doutez pas.

Colombani conclut en conseillant aux auditeurs de lire le prochain livre d’ « Olivier » et en nous enjoignant de patienter jusqu’à la rentrée pour entendre dans son émission Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier appellera-t-il à voter « non » à son projet de Constitution afin de redresser la balance du pluralisme sur France Culture ? Dans le cas contraire, il faudrait compter avec les critiques acerbes d’Alain Duhamel, Bernard Guetta et Christine Ockrent. !

En invitant Valéry Giscard d’Estaing qui vint (ou revint) défendre son texte le 26 juin 2004, Jean-Marie Colombani n’avait fait que devancer une annonce de Laure Adler : « Nous avons demandé à Valéry Giscard d’Estaing de nous expliquer ce que c’est que l’Europe, une fois par mois à partir de septembre. » (Le Monde, 10 juillet 2004).

Il eut des remplaçants et des auxilaires : comme on le sait, dans « La rumeur du Monde » comme dans la totalité des émissions de France Culture la balance fut redressée, toutes nuances dehors, pour que l’équilibre soit maintenue entre partisans du « Oui », « plutôt à droite » et « plutôt à gauche  », comme disait Jean-Marie Colombani.

Henri Maler
(Avec PLPL)

N.B. Quand Valéry Giscard d’Estaing vient (ou revient) défendre son texte dans l’émission de Jean-Marie Colombani le 26 juin 2004, il précise que, grâce à lui, l’Europe « ce sera plus simple, plus démocratique, et j’espère plus performant ». Les deux partisans du Traité que sont Jean-Marie Colombani et Jean-Claude Casanova ne peuvent qu’opiner. Et les opposants ? Il n’y en a pas : nous sommes sur France Culture et à ce moment la directrice de l’antenne, Laure Adler a confié la chronique d’ « explication de l’Europe » au Président de la Convention qui avait élaboré le texte du projet en discussion. Répliquant à ceux qui dénoncent un texte libéral (fort heureusement, ces insolents potentiels sont absents du studio), Giscard déclare : « C’est une analyse qui repose soit sur l’ignorance soit sur la mauvaise foi, soit sur une combinaison des deux. ». Se fondant sur les sondages, Giscard conclut : « Est-ce que l’opinion publique française et européenne est favorable à la ratification ? Réponse : oui ! » Plutôt que de lui faire observer que les indications des sondages ne signifient rien un an avant un scrutin (la preuve...), Colombani fait chorus : « Ceux qui ont dit non à Maastricht, comme Philippe Séguin, n’ont jamais été élus présidents de la République. » Imparable ...

 
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