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Camouflage (3) Nier ses erreurs

par Pierre Rimbert,

Suite de l’article paru dans "La Vache Folle" n° 27 août-octobre 2000 sous le titre " La queue entre les jambes ", reproduit avec l’autorisation de l’auteur) (Acrimed)

Alors que se multiplient les révélations sur les manipulations médiatiques de l’OTAN pendant la guerre au Kosovo, les journalistes français les plus bellicistes gesticulent pour dissimuler leurs bavures.

Le répertoire de l’éditorialiste aux abois comporte plusieurs registres : escamoter les questions gênantes, nier ses erreurs, édulcorer les révélations encombrantes et tordre les faits à son profit. Ils furent souvent interprétés en chœur.

L’éditorialiste a toujours raison

Enthousiasmée par son traitement du conflit, la soldatesque éditoriale fut prise au dépourvu lorsque des journalistes de Marianne ou du Monde diplomatique la renvoya à ses bévues [1]. Mécaniquement elle continua de se proclamer " exemplaire ", selon l’expression du cocasse directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin (1/04/1999). Edwy Plenel, grand manitou du Monde, claironnait : " Je pense que nous avons bien fait notre travail " (Marianne, 10/04/2000) ; Jacques Julliard hennissait : " Non, les journalistes n’ont pas menti sur le Kosovo " (L’Obs 20/4/2000). Télérama s’absolvait : " Dès le premier jour de la guerre, l’information officielle a été traitée avec suspicion. Les choix politiques et militaires ont été décortiqués, analysés, débattus, les responsables ont été interpellés, critiqués. Il n’est pas vrai que la presse a pris le relais complaisant de la propagande. " (10/05/2000) [2]. Quant à Philippe Val, rédac’chef de Charlie Hebdo, qui avait assimilé les pacifistes à des nostalgiques du troisième Reich, il " ne regrette pas un mot " de ce qu’il a écrit et estime que " les journalistes ont fait leur boulot " (Le Pavé, 29/6/2000)

La dénégation devint piquante lorsqu’il fallu expliquer que les journalistes, même dans l’erreur, avaient raison. S’ils avaient omis de mettre en cause l’information fournie goupille en main par l’OTAN, c’est qu’au fond, la vérité n’avait aucune importance. Laurent Joffrin, protecteur de la rigueur journalistique, s’interrogea : " Est-ce que ça change vraiment les choses d’annoncer 4 000 au lieu de 10 000 morts ? " (Marianne, 10/4/2000). Le Point titra un encadré : " Les bilans du Kosovo tronqués. Et alors ! " (12/5/2000) ; Le chef du service étranger d’Europe 1 plagia : " Une part trop belle aurait été réservée à ce diable communiquant de Jamie Shea ? Et alors ? " (Marianne, 29/5/2000).

 
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Notes

[1Elisabeth Lévy, " L’insoutenable légèreté de l’information ", Le Débat, mars-avril 2000 ; Serge Halimi et Dominique Vidal, " Médias et désinformation ", Le Monde diplomatique, mars 2000 ; dossier " La dictature des médias ", Marianne, 10/4/2000.

[2Télérama a publié les bilans les plus extravagants du conflit avec un entretien d’Antoine Garapon qui parlait de " centaines de milliers de Kosovars massacrés " (23/6/1999).

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